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Une partie de l’œuvre de Richard Serra, associée au minimalisme, s’est concentrée depuis de nombreuses années sur un dialogue avec la ligne droite. La série la plus significative de cet intérêt pour les pures formes géométriques commence dès 1969, au moment où le sculpteur américain s’intéresse de plus en plus à l’acier, et se poursuit dans les années 1990 : il s’agit des Props. Ces œuvres, des sculptures érigées verticalement, se distinguent singulièrement de ses précédentes œuvres, horizontales, dans lesquelles le matériau était pensé comme une trace déposée sur le sol. Le verbe « to prop » en anglais pourrait être traduit en français par « appuyer », « soutenir ». Ce titre s’explique par le fait que Richard Serra a construit cette série à partir, le plus souvent, de plaques ou volumes parallélépipédiques, parfois associées à des cylindres, ne tenant debout qu’en s’appuyant sur un autre support. Richard Serra a défini quatre catégories au sein de ses Props, composées tantôt de plomb, tantôt d’acier : les Wall Props, les Corner Props, Post and Lintel Props et les Free Standing Props. Wall Props
Dans ce cas de figure, les œuvres de Serra sont le plus souvent basées sur un jeu d’équilibre entre un cylindre et une plaque de plomb (ou d’acier), l’un ou l’autre reposant directement sur un mur et assurant l’équilibre de l’autre. Ainsi, dans Floor Pole Prop (1969/92), une plaque de plomb est posée contre le mur et soutenue par un cylindre posé contre elle, en diagonale par rapport au sol. Dans N°5 (1969), ce sont deux fines plaques de plomb qui, face à face, sont posées perpendiculairement à un mur, maintenues dans cette position précaire grâce au seul poids d’un cylindre les reliant l’une à l’autre. Corner Props
Les Corner Props sont en quelque sorte des pièces d’angles : les éléments qui composent la sculpture ont besoin de l’appui des deux murs perpendiculaires pour se maintenir dans leur équilibre. Ainsi dans Equal (1969), une plaque d’acier est placée, face à l’angle d’une pièce, à équidistance des deux murs, sa position verticale n’étant assurée que par un cylindre posé au-dessus d’elle, appuyé contre les deux murs. Dans Do It (1983), la même position est conservée, mais une plaque d’acier, a remplacé le tube initial. Post and Lintel Props
Les Post and Lintel Props sont conçus sur le principe du linteau et de la colonne : un élément vertical en soutient un autre posé dessus, à l’horizontal. Dans Maillart Extended par exemple (1988, viaduc de Grandfrey), une poutre d’acier repose sur un pilier de même largeur, formant un L inversé. Free Standing Props
Comme leur titre l’indique, les Free Standing Props ne s’appuient sur rien d’autre qu’eux-même. Ainsi, One-Ton Prop (House of Cards) (1969), présentée comme une œuvre-clé dans la carrière de Serra, se compose de quatre plaques de plomb, appuyées en équilibre les unes contre les autres, tel un château de cartes. Serra joue ici d’un paradoxe, créant à partir d’un matériau extrêmement lourd – le plomb –, une œuvre extrêmement fragile. Il en est de même dans Stacked Steel Slabs (Skullcracker, 1969), une œuvre constituée de seize plaques d’acier superposées en accordéon. Plus tard, Serra réalisa dans le même ordre d’idées des sculptures publiques plus monumentales à partir d’acier Corten, par exemple Sight Point (1971-75) à Amsterdam ou Fulcrum (1986-87) à Londres.
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