|
La pratique de sculpteur de Richard Serra croise par certains aspects le Land Art. Qu’en est-il de ce mouvement et des figures qui sont attachées à son histoire ? L’appellation Land Art recouvre moins un mouvement constitué que l’entrecroisement des trajectoires de différents artistes qui, à la fin des années 1960, considèrent la terre à la fois comme un matériau et une surface d’inscription. La réflexion sur le lieu des œuvres amorcée au début des années soixante par les artistes dit minimalistes, connaît alors un prolongement dans la création d’œuvres hors des musées et des galeries. Walter de Maria… Néanmoins aucun artiste ne s’est réclamé de cette étiquette, à l’exception de l’Américain Walter de Maria (né en 1935) qui a inventé le terme au début des années 1960, en songeant à créer des œuvres dans les déserts de l’Ouest. Dans son texte Artyard, publié en 1963 dans le recueil An Anthology par le compositeur La Monte Young, il explique vouloir faire d’un trou une œuvre d’art. Mais ce n’est qu’en 1968 qu’il réalise Mile Long Drawing dans le désert Mojave en Californie, en traçant deux lignes de dix centimètres d’épaisseur séparées de 3m60 sur une longueur d’un mile. En 1973, puis en 1976 dans une version plus grande, il érige Lighting Field, un champ de paratonnerres qui se déploie sur un kilomètre et qui capte les éclairs du ciel du Nouveau-Mexique lors de la saison des orages. Michael Heizer… Ces artistes travaillent souvent dans le désert ou des carrières abandonnées, parfois à des échelles monumentales, en s’inscrivant dans un site qu’ils contribuent en même temps à transformer et qui ne fait plus qu’un avec l’œuvre. En 1968, Michael Heizer (né en 1944) creuse dans le désert Rift et Isolated Mass Circumflex, qu’il considère comme des « sculptures négatives ». A la différence de ces œuvres éphémères qui n’ont d’existence réelle que photographique, Double Negative, commencée en 1969, perdurera. Longue de 457 mètres, l’oeuvre se compose de deux gigantesques entailles pratiquées au bulldozer et à la dynamite dans le Mormon Mesa, situé dans le Nevada. Robert Smithson… Robert Smithson (né en 1938) restera pour sa part attaché à l’expression Earthworks (que l’on peut traduire par « terrassement ») qu’il reprend au génie civil et au titre du roman de Brian Aldiss de 1966. Ce terme connaîtra une certaine fortune critique, notamment lorsqu’il fut repris pour intituler l’importante exposition qui eut lieu à la Dwan Gallery en 1968 à New York. En 1970, Smithson réalise Spiral Jetty, l’une des œuvres emblématiques de cette mouvance – à laquelle Richard Serra contribuera notamment. Longue de 485 mètres, la spirale s’enroule deux fois sur elle-même dans le Grand Lac Salé de l’Utah. Le « site » est accompagné et restitué par ce que l’artiste appelle « non-site » et qui est composé d’un film, d’un texte et de photographies. Richard Long… Ces artistes sont pour la plupart américains, mais on leur rattache souvent l’Anglais Richard Long (né en 1945) et le Hollandais Jan Dibbets (né en 1941) qui ont eux aussi participé à l’exposition Earth Art au White Museum de Cornell University en 1969. Tous deux ont apporté une contribution particulière à cette mouvance, le premier à travers ses marches dans le paysage et le second avec ses « perspectives corrigées » réalisées dans la nature. Nancy Holt, Robert Irwin, Robert Morris, James Turrell…
D’autres artistes s’intéressent à la perception de la lumière. Nancy Holt (née en 1938) dispose entre 1973 et 1976 les Sun Tunnels dans le Great Basin Desert de l’Utah, de manière à ce qu’ils soient alignés sur le lever et le coucher du soleil aux solstices. Le Californien Robert Irwin (né en 1928) produit des œuvres grâce à des systèmes d’écrans colorés et les inscrit dans une réflexion théorique personnelle sur le site. Plusieurs artistes réalisent des observatoires comme Observatory de Robert Morris (né en 1931) en 1971 à Sonsbeck en Hollande, ou encore Roden Crater, un volcan du désert de l’Arizona que James Turrell (né en 1943) achète en 1977. … et Richard Serra Richard Serra revendique pour sa part le fait que ces sculptures sont spécifiques au site sur lequel il les installe. Lorsque ses œuvres se trouvent dans un espace urbain, elles se confrontent à l’architecture, lorsqu’elles sont dans un paysage comme Shift (1970-1972), c’est l’expérience spatiale du corps du spectateur qui prime. L’artiste explique ainsi propos de Shift : « L’œuvre est étrangère à la notion de centre. Son étendue permet à chacun de percevoir et de localiser une multitude de centres ». Il ajoute : « Le dispositif spatial de la Renaissance dépend de mesures fixes et immuables, mais ici les échelons sont liés à l’horizon qui change continuellement et, comme les mesures, ils sont entièrement transitifs : ils s’élèvent, s’abaissent, s’étendent, se réduisent, se contractent, se compriment et se transforment ». L’œuvre s’inscrit pleinement dans le paysage dont elle prend en compte la mobilité : l’œuvre, au sens propre, sort du cadre. En savoir plus sur Robert Smithson, Richard Long, Le Dia Center.
Recommandez (252) | Citez cet article sur votre site | Suggérer par mail
|
- Les messages comportant des attaques verbales contre les personnes seront supprimés.
- Vous pouvez renouveler le code de sécurité en appliquant un rafraîchissement à votre navigateur.
- Appliquer cette méthode de rafraîchissement si vous avez entré un mauvais code de sécurité.
|
Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4.6 AkoComment © Copyright 2004 by Arthur Konze - www.mamboportal.com All right reserved |