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Les sculptures de Richard Serra font du poids une donnée incontournable de son travail. Loin de vouloir échapper à cette gravité, l’artiste en fait le cœur même de sa pratique. La question du poids est une notion importante dans le travail de Richard Serra. Ses œuvres gigantesques résultent du jeu d’opposition des forces physiques, qui agissent sur les immenses plaques d’acier qui les constituent. Le calcul de la relation entre leurs différents poids permet de les faire tenir debout et contribue à la magie d’œuvres telles que Clara-Clara (1983) ou Torqued Ellipse (2003-2004). Souvenir d’enfance Serra a consacré à cette question l’un de ces textes, qu’il a simplement intitulé : « Le Poids ». Celui-ci est paru dans le catalogue de l’exposition Neues Skupturen in Europa 1986-1988 de la Galerie m, à Bochum en 1988. Serra y raconte un souvenir d’enfance qui le marqua à l’automne 1943, lorsqu’il était âgé de quatre ans. L’événement qui a lieu le jour de son anniversaire est présenté comme une révélation, une véritable naissance de l’inspiration créatrice de l’artiste. « Toute la matière première dont j’avais besoin est contenue dans ce souvenir que je garde, et qui est devenu un rêve récurrent. » Entre effroi et émerveillement Il s’agit du lancement d’un pétrolier dans le chantier naval de la Marine, où travaillait son père, lequel était monteur en canalisations. Serra décrit sa fascination pour l’énorme masse horizontale du navire, et surtout « l’effroi et l’émerveillement » - ces sensations propre à l’expérience du sublime – que produit sur lui la mise à l’eau. « Ce fut un moment d’anxiété terrible alors que le pétrolier en mouvement bringuebalait, ferraillait, oscillait, basculait et se précipitait dans la mer, à demi submergé, pour enfin resurgir, se redresser et trouver son équilibre. » Le poids, une éthique de vie Le texte se poursuit comme un manifeste en l’honneur du poids. Serra déclare : « Le poids est pour moi une valeur ». Tel est le cas aussi bien dans son travail artistique, que dans son approche de l’histoire de l’art ou encore de l’existence. Il écrit : « C’est la distinction entre le poids préfabriqué de l’histoire et l’expérience directe qui éveille en moi le besoin de faire des choses qui n’ont jamais été faites. » Enonçant une véritable éthique de vie, Serra conclut ainsi le texte : « utiliser le contenu de l’expérience pour l’assimiler, défier ensuite l’autorité de cette expérience et donc me défier moi-même. »
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