L’acier occupe une place de choix dans la production de Richard Serra. Ce métal si présent dans notre quotidien a participé aux profonds bouleversements industriels qui ont façonné notre monde. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce métal unique en son genre.
L’acier est un alliage de fer et de carbone. Si la quantité de carbone y est supérieure à 2 %, ce métal est appelé fonte.
L’acier est apparu dès l’Antiquité, mais sa production n’était pas encore rationalisée. Pour qu’il existât à l’état actuel, il fallut tout d’abord que l’homme apprenne à maîtriser le processus de réduction du minerai de fer dans des bas fourneaux chauffés au charbon de bois. Une masse hétérogène de fer solide était ainsi obtenue, dont il fallait ôter les impuretés (en le martelant à chaud par exemple) pour obtenir un métal propre à être retravaillé. Au sein de cette masse pouvait se trouver de l’acier, qui était alors mis de côté pour fabriquer par exemple des pointes d’outils.
Apparaissant au XIVe siècle, les hauts-fourneaux permettent d’atteindre des températures beaucoup plus élevées que celles des bas fourneaux. Le minerai de fer ainsi réduit se transforme en un métal liquide et fortement carburé (la température plus élevée engendre une meilleure diffusion du carbone contenu dans le charbon de bois dans le métal) : il s’agit de la fonte qui peut dés lors être produite de manière industrielle en Europe.
Il fallut par la suite apprendre à transformer cette fonte en fer ou en acier en la décarburant. Pour répondre à ce besoin, l’Anglais Henry Bessemer inventa en 1856 un convertisseur, perfectionné par la suite par Sydney Thomas et Percy Gilchrist. Il s’agissait d’insuffler de l’air à la fonte liquide pour éliminer une partie du carbone par oxydation. Ce procédé permit de produire en masse de l’acier, de réduire ainsi fortement son coût et de faciliter son utilisation. L’acier participa ainsi pleinement à la Révolution industrielle alors en cours.
L’acier s’est avéré être un remarquable matériau de construction présentant de nombreux avantages : sa ténacité (résistance aux efforts, comme la traction, la compression, etc.), sa dureté (résistance à la pénétration par un autre corps) et sa résilience (résistance aux chocs). Ses propriétés sont telles qu’elles ont totalement bouleversé les techniques de construction traditionnelles. Dès la fin du XIXe siècle, son utilisation a permis de réaliser des bâtiments d’une hauteur et d’une portée toujours plus impressionnante, dans des conditions d’assemblage simplifiées (à l’usine, et non plus uniquement sur le chantier).
L’acier a donné un nouveau visage à l’architecture, ainsi qu’à la sculpture. La structure métallique de la nef du Grand Palais inauguré en 1900 en est un très bel exemple. Plus tard, en 1931, l’acier fut le matériau de base servant à l’élévation de l’Empire State Building, le plus haut gratte-ciel de New York (381 m). L’acier a rendu possible un nouvel agencement du vide. Comparées aux constructions en pierre, les édifices et sculptures en acier sont plus légers, moins massifs et moins statiques que ceux en pierre.
Un des principaux inconvénients de l’acier est sa rapide corrosion. Différentes solutions ont été trouvées pour pallier ce problème. Il est possible par exemple de recouvrir le métal d’une couche de peinture protectrice. Mais cela nécessite un entretien régulier relativement coûteux. Il est également possible de faire appel à des aciers dits inoxydables, qui sont obtenus en ajoutant à l’alliage fer/carbone d’origine une faible quantité de chrome, de nickel, ou d’autres matériaux. Les aciers dits patinables ou auto-patinables, comme l’acier CORTEN, sont également des aciers alliés. Leur particularité est de se couvrir automatiquement d’une couche protectrice, qui enregistre progressivement les traces physiques des actions atmosphériques à sa surface.
Ce type d’acier est beaucoup utilisé dans la sculpture contemporaine : par Eduardo Chillida et par Bernar Venet par exemple, mais surtout par Richard Serra qui a contribué à le rendre populaire. Il réalisa en 2005 l’œuvre d’art la plus imposante réalisée avec ce matériau : Matter of Time. Cette œuvre, qui sera présentée au Guggenheim de Bilbao pendant vingt-cinq ans, est une des œuvres les plus monumentales jamais exposées dans un musée. Le nom de Richard Serra est aujourd’hui directement lié à celui de l’acier dont il a repensé l’usage de fond en comble. A tel point qu’aujourd’hui, fabriquer une œuvre de Richard Serra est un challenge technologique pour une aciérie. L’art, de ce point de vue, joue un rôle fondamental dans l’évolution des techniques dont elle permet de repousser les limites. Quelles sont alors les techniques spécifiques de l’artiste ? Comment parvient-il à renouveler sans cesse sa vision de l’acier ?