« Le poids est pour moi une valeur, non qu’il soit plus contraignant que la légèreté, mais j’en sais seulement davantage sur le poids que sur la légèreté » (Richard Serra) . C’est grâce à un jeu savant avec les lois de la physique, que les immenses plaques d’acier qui constituent les œuvres de Richard Serra tiennent en équilibre. L’occasion de se rafraîchir la mémoire sur quelques notions de physique.
Galilée et la gravité
En physique, contrairement à son emploi courant, le terme « poids » désigne la force par laquelle l’attraction terrestre attire un objet, et non pas le nombre de kilogrammes d’un corps qui correspond à sa « masse ». Depuis les expériences de l’Italien Galileo Galilei (1564-1642), on observe que dans un lieu donné tous les corps libres chutent en subissant une même accélération verticale. Ce phénomène qui est appelé « pesanteur » résulte de la « gravitation », le phénomène d’interaction physique qui cause l’attraction réciproque des corps, sous l’effet de leur masse. La gravitation nous retient ainsi au sol et est responsable de manifestations naturelles telles que les marées, l’orbite des planètes autour du Soleil, ou encore la sphéricité de la plupart des corps célestes. D’une manière plus générale, elle détermine la structure à grande échelle de l’univers.
Newton et l’accélération
La première description quantitative de la pesanteur a été formulée par la loi universelle de la gravitation découverte par l’Anglais Isaac Newton (1643-1727). Sa théorie de la mécanique s’intéresse à l’étude de l’accélération, et non seulement de la vitesse comme le faisaient Galilée et René Descartes (1596-1650). Newton produit une des lois fondamentales de la dynamique qui permettra de faire voler des objets plus lourds que l’air, donc de créer des avions.
Einstein et la relativité
Par la suite, l’Allemand Albert Einstein (1879-1955) développe en 1915 les découvertes de Newton avec sa théorie de la Relativité Générale, qui décrit la force de gravitation comme une manifestation de la déformation de l’espace-temps sous l’effet de la matière qui s’y trouve. Cette nouvelle théorie permet encore aujourd’hui de décrire les observations en astronomie. La loi de la gravitation de Newton demeure cependant une excellente approximation dans les cas où les vitesses sont plus faibles que celles de la lumière.
Ces différentes théories ont formé un champ de connaissance qui s’avère nécessaire à l’élaboration d’œuvres comme celles de Richard Serra. Bien que statiques, ses sculptures jouent avec les lois de la physiques et des effets de dynamique. Pour ses projets monumentaux, l’artiste est d’ailleurs assisté d’un ingénieur qui en calcule la faisabilité. Les sculptures de Richard Serra sont alors autant de façons d’interroger l’application des lois physiques les plus courantes. L’artiste joue avec l’intuition sculpturale que nous avons des lois physiques. Son œuvre semble remettre en question la perception que nous avons de l’espace en contraignant la forme au-delà de ses caractéristiques physiques.
Ce que sait Richard Serra du poids, il nous le montre avec des œuvres toujours plus audacieuses où l’équilibre est amené au plus près de son point de rupture. Quels sont alors les techniques de l’artiste pour jouer avec l’équilibre ? Comment fait-il pour faire de la gravité un instrument de son art ?