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40 ans de carrière, une œuvre magistrale Suggérer par mail
Né en 1939 à San Francisco, l’américain Richard Serra est aujourd’hui un artiste unanimement salué à travers le monde. La carrière de cet artiste qui a révolutionné l’histoire récente de l’art témoigne du talent d’un créateur hors norme. 

« J’aime inventer de nouvelles formes. » Depuis quarante ans, Richard Serra produit une œuvre qui modifie en profondeur l’idée classique de sculpture. Fasciné par la matière, et en particulier par l’acier, Richard Serra commence sa carrière en bouleversant le geste artistique lui-même : protégé par un masque, l’artiste projette à bout de bras du plomb en fusion contre un mur. Le métal se fige au pied de la paroi donnant lieu à une forme qui ne ressemble ni à une peinture ni à une sculpture. Œuvre inamovible, œuvre qui condense en elle le processus de sa fabrication, œuvre aléatoire et néanmoins déterminée par la main de l’artiste, Splashing (1968) témoigne d’une refonte complète du rôle de l’artiste, de la façon qu’il a d’envisager son matériau de travail et du produit qui en résulte. Ce geste inaugural est accompagné d’une série de films réalisés par l’artiste qui explorent cette fascination pour la matière et les interrogations que soulève sa manipulation : Hand Catching Lead (1968) met en scène la main de l’artiste qui tente de saisir au vol des morceaux de plomb, Hands Scraping (1968) donne à voir les mains de Richard Serra et de Philip Glass qui, petit à petit, ramassent de la paille de verre sur le sol jusqu’à sa complète disparition de l’image, etc. Toutes ces œuvres poursuivent une réflexion de fond sur le processus de fabrication de l’art, un art détaché de toute forme d’expression subjective ou de représentation.

Cette importance accordée par Richard Serra au processus prendra la forme d’un véritable programme de travail composé d’une liste de verbes (« enrouler », « appuyer », « couper », « plier », etc.) qui serviront à cerner les enjeux de sa production sculpturale. Lorsqu’en 1967, il réalise To Lift, sculpture constituée d’une plaque de caoutchouc qui semble se soulever ou lorsqu’il crée Thirty-five Feet of Lead Rolled Up en 1968 qui est effectivement composée d’une feuille de plomb enroulée sur elle-même, Richard Serra conserve au matériau toute sa force brute en l’enrichissant de l’énergie qui a servi à lui donner cette forme, et non une autre. Cette énergie est un mouvement simple, une dynamique incarnée par une action que le visiteur observe dans la sculpture à travers son apparente immobilité.

A ce moment de sa carrière, Richard Serra constate cependant que ses œuvres perpétuent une certaine idée du rapport de l’œuvre à son contexte, de la sculpture au socle qui la supporte, voire de la forme à son fond. En effet, une sculpture, quand bien même elle serait posée sur le sol, se sert de ce dernier comme d’un socle. Elle est par ailleurs conçue trop souvent sous la forme d’une composition qui sert à produire une image. Afin de casser cet effet (qu’il qualifie de « convention picturale » pour en dénoncer l’organisation figurative), l’artiste réalise la même année sa fameuse sculpture One Ton Prop (House of Cards). Constituée de quatre plaques de plomb de 122 cm par 122 cm, cette œuvre fondatrice a pour caractéristique majeure de voir ses éléments maintenues en équilibre par leur propre poids. En effet, et comme le titre l’indique, la tonne de plomb en question ne tient qu’en appui, à la manière d’un château de cartes. Plus besoin de socle, de fixation, d’étais ou même de soudure, l’œuvre résulte de sa tension propre, de cette gravité qui l’anime et la maintient. Grâce à cette œuvre, Richard Serra a réussi le pari d’un art qui offre au visiteur la vision de son propre équilibre et crée un espace.

A partir des années 1970, Richard Serra privilégie l’acier dans son travail avec un objectif très précis : « J’utilise l’acier pour organiser l’espace ». Ayant lui-même travaillé dans une aciérie pour financer ses études de Langue Anglaise à l’université de Californie de Santa Barbara et ses études d’art à l’université de Yale, il a développée dès sa jeunesse une sensibilité particulière pour ce métal. Mettant alors à profit les techniques les plus poussées de l’ingénierie et de l’architecture, Richard Serra va développer des sculptures bientôt de très grandes dimensions qui ont une double caractéristique : la première est d’intégrer le visiteur au cœur de l’œuvre, la seconde est d’éviter que l’on puisse la tenir tout entière sous son regard. Le visiteur est ainsi invité à déambuler dans l’œuvre elle-même autant qu’il doit reconsidérer l’espace environnant qui s’en trouve radicalement modifié. Les formes de ces sculptures qui déconcertent sont tantôt courbes et sinueuses, tantôt verticales et anguleuses. Une légère inclinaison des plaques d’acier vient parfois augmenter la sensation de danger et contribue au vertige qu’elles procurent. Conçue spécifiquement pour le site qui l’accueille, chaque œuvre de l’artiste crée de l’espace et invite le visiteur à se déplacer autrement, explorant de nouvelles directions et modifiant son corps comme sa perspective. Le visiteur devient le sujet même de l’œuvre, il en est l’acteur principal.


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