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L'espace scientifique, l'espace artistique E-mail
Appréhender une œuvre de Richard Serra, c’est d’abord faire une certaine expérience de l’espace. De quel espace s’agit-il ? Comment l’art et la science nous le font-ils percevoir ?


Notre perception du monde est en grande partie structurée par des données relatives à l’espace. Déterminer la proximité d’un objet par exemple, ou encore évaluer sa taille, sont des éléments qui nous permettent de mieux l’appréhender, en nous situant par rapport à lui et en le situant par rapport à nous.

Dans la création artistique, la maîtrise de l’espace a toujours joué un rôle primordial. Au 15e siècle par exemple, l’application des règles de la perspective permit à des peintres comme Masaccio (1401-1428), Piero della Francesca (1412-1492), ou Paolo Uccello (1397-1475) de représenter un espace en trois dimensions sur une surface plane. Ce fut une véritable révolution, caractéristique d’une nouvelle époque : la Renaissance.

Ces règles de représentation reposaient sur les règles de la géométrie euclidienne, or celle-ci fut remise en question à partir du 19e siècle, notamment par le mathématicien allemand Carl Friedrich Gauss (1777-1855). Au début du 20e siècle, alors que ces nouvelles découvertes scientifiques sont diffusées et que l’existence d’un espace à plus de trois dimensions est postulée, il est intéressant de noter que les artistes se détachent de plus en plus des règles de la perspective. Les cubistes par exemple, comme Georges Braque (1882-1963) ou Pablo Picasso (1881-1973), bouleversent les traditions de la représentation en proposant plusieurs facettes d’un même objet dans un espace unifié, à savoir le tableau.


La perception de l’espace

Ces évolutions scientifiques ont conduit les chercheurs, les philosophes, mais également les artistes à interroger notre rapport à l’espace et la manière dont nous le percevons. Quels sont les multiples mécanismes qui nous permettent d’appréhender notre environnement visuel ? Il semble qu’aujourd’hui encore cette question n’apporte pas une seule et unique réponse.

Dépendant à la fois de données objectives et subjectives, ces phénomènes de perception sont en effet particulièrement complexes. Par exemple, nos yeux nous transmettent certaines informations, mais celles-ci sont retraduites par notre cerveau qui y ajoute diverses données enregistrées au cours de notre vie. Pour cette raison, face à un même objet, deux personnes ne percevront pas la même chose. Elles l’identifieront peut-être de la même manière, mais cet objet leur évoquera des choses différentes, et elles l’interpréteront différemment. Toute expérience perceptive est, de ce point de vue, relative.


L’expérience du spectateur

Faire l’expérience d’une œuvre d’art, ce n’est pas seulement la regarder, c’est entrer en interaction avec elle, et ainsi, en quelque sorte, se l’approprier. D’une certaine manière, regarder une œuvre d’art, c’est la recréer. Cette recréation ne se produit pas de la même manière en peinture et en sculpture. Face à un tableau, un simple regard statique semble suffire à appréhender l’espace de l’œuvre. Face à une sculpture, le spectateur, s’il veut voir l’œuvre dans sa totalité, se voit contraint de se déplacer. L’ensemble de son corps est ainsi convoqué. Et plus les dimensions de l’œuvre sont imposantes, plus il lui semble difficile de maîtriser l’espace de l’œuvre. La sculpture engage alors le corps entier dans un mouvement de perception. Ce potentiel de sensation n’est pas nécessairement exploité par les sculpteurs qui s’en tiennent le plus souvent à une vision, pour ainsi dire, picturale de leur sculpture : seuls les yeux sont concernés. Mais que se passe-t-il lorsque le sculpteur veut vous faire sentir dans les jambes, dans les bras, dans tout votre corps, l’espace qu’il recrée grâce à son œuvre ? Le visiteur devient l’objet même de l’œuvre. Richard Serra a privilégié cette approche dans son art en nous invitant à nous poser la question de notre rapport à l’espace. Comment réagissons-nous face à ces imposants volumes ? Comment les appréhender ? Quel souvenir sensoriel en garderons-nous ?

 

 


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  Comments (1)
 1 Remise en cause espace euclidien
Written by Baudier, on 10-05-2008 13:05
Dans mon esprit, la remis en cause, ou plutôt l'introduction de nouveaux types de géométries non euclidiennes est plutôt venue avec Rieman (espaces à courbure positive), et Lobatchevsky (courbure négative). Mais je ne suis pas un spécialiste.  
 
Bien cordialement 
 
Denis Baudier

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