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Comme beaucoup d’artistes, Richard Serra produit un certain nombre d’œuvres dans le cadre de commandes publiques. Ces œuvres sont parfois conçues pour des espaces publics. Comment sont-elles perçues ? Quelles interactions entre ces œuvres, l’architecture et le public ?
Des dispositifs politiques en constante évolution Depuis de nombreux siècles, la commande publique a favorisé la réalisation d’œuvres d’art prestigieuses. Cette situation a quelque peu évolué au cours des dernières décennies : plusieurs politiques culturelles nationales ont en effet développé des dispositifs encourageant le dialogue entre les arts plastiques et l’architecture. En France, la loi du « 1% artistique » en est un bon exemple. En 1951, un arrêté national a établi qu’à chaque construction ou extension d’un bâtiment public dépendant du Ministère de l’Education nationale, 1% du coût de ces travaux serait attribué à l’achat ou la production d’une œuvre d’art, devant être intégrée à l’édifice ou à ses abords. A partir des années 1970, cet arrêté a été étendu aux bâtiments du Ministère de la Défense et de la Culture, puis, dans les années 1980, à la quasi totalité des ministères d’Etat et aux collectivités territoriales, à la suite des lois sur la décentralisation. Il est prévu que tous les artistes professionnels puissent répondre à un tel appel d’offre, quel que soit leur moyen d’expression plastique et quelle que soit leur nationalité. Un système équivalent existe dans d’autres pays. En Allemagne, par exemple, il s’agit du « Kunst am Bau », établi depuis les années 1950 ; aux Etats-Unis, du « Art-in-Architecture Program », mis en place sous le gouvernement de John F. Kennedy dans les années1960. Les polémiques. Quelques exemples. Cette dimension publique n’est pas sans poser problème. Les années 1980 ont été, de ce point de vue, un terrain d’affrontement particulièrement sensible. Une œuvre a cristallisé, en France, le débat sur le bien fondé des commandes publiques en 1986 : les colonnes de Daniel Buren. Cette œuvre intitulée « Les Deux Plateaux » était une commande de Jack Lang à l’artiste pour la Cour d’honneur du Palais Royal à Paris*. Ses détracteurs considéraient principalement que l’œuvre dénaturait le site, qu’elle était trop moderne. Malgré ces oppositions, les colonnes ont réussi à s’imposer et font désormais partie intégrante du paysage artistique du Palais Royal. Leur sort est toutefois redevenu un sujet d’actualité. Aux Etats-Unis, à la même période, Richard Serra subissait également les revers de la politique culturelle américaine. Au début des années 1980, l’administration fédérale** retenait le projet sculptural de l’artiste, intitulé « Tilted Arc », pour la Federal Plaza à New York City, dans le cadre de son programme « Art-in-Architecture ». L’œuvre divisait la place en deux, obligeant toute personne voulant la traverser à contourner la sculpture. Dès son installation, celle-ci provoqua de ce fait le mécontentement des usagers qui multiplièrent les pétitions. Face aux diverses pressions, et à la suite d’un long procès, l’administration fédérale prit la décision en mai 1985 de retirer l’œuvre de l’espace public. Le démantèlement fut effectif en 1989. Depuis cette affaire, le programme fut modifié pour attacher plus d’importance à l’avis des usagers des lieux publics concernés quant aux œuvres proposées. Au-delà de ces polémiques, la commande publique a permis - et permet - d’ouvrir l’art contemporain à un large public et d’enrichir un patrimoine artistique national. Elle a donné jusqu’à maintenant l’occasion financière à plus d’un artiste de réaliser des œuvres ambitieuses, et ce pour le plaisir du plus grand nombre. Sans ce type d’opportunité, il est évident que l’œuvre d’un artiste comme Richard Serra n’aurait pas la même force, tenant justement sa pertinence de sa capacité à réinterroger et renouveler la monumentalité en art. * L’œuvre de Daniel Buren n’entrait pas dans le cadre du 1% artistique. Il s’agissait d’une commande publique qui correspondait à la volonté de Jack Lang, alors ministre de la Culture, d’intégrer des œuvres contemporaines à un site architectural classique, afin de revaloriser ce dernier. Avant « Les Deux Plateaux », la Cour d’honneur du Palais Royal servait de parking. ** Il s’agit de la GSA, c'est-à-dire la General Services Administration. Pour en savoir plus sur les politiques culturelles mentionnées Le site de la Bundestag Le site de la General Services Administration Pour en savoir plus sur la polémique autour des colonnes de Daniel Buren Pour en savoir plus sur le débat et le procès autour de « Tilted Arc » de Richard Serra Pour en savoir plus sur les sculptures de Richard Serra, réalisées dans le cadre de la commande publique en France Pour en savoir plus sur Philibert et Marguerite, l'oeuvre de Richard Serra réalisée à Bourg-en-Bresse
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